Interview dans LI.ART - Revue web d'art contemporain & luxe

15/01/2016

Comment êtes-vous venu au monde de l’art ?

J’ai 10 ans et mon professeur de maths photographie à la chambre les classes de mon collège. Fasciné, je deviens son assistant. Dans son laboratoire, je développe les plaques et je tire les photos. Sous la lumière rouge du laboratoire, les ombres qui surgissent à la surface du papier marquent mon imagination à jamais. Je crois revoir les monstres qui m’avaient terrifié 3 ans plus tôt dans les arbres couverts de neige, quand je m’étais perdu un soir de Noël avec ma sœur dans la montagne enneigée.

 

Quelles ont été les grandes étapes de l’évolution de votre art ?

La photographie occupe tous mes temps libres d’étudiant. La nature sauvage et les hommes qu’on y rencontre me passionnent. Mes vacances sont l’occasion de nouveaux reportages : Yougoslavie, Grèce, Italie.  En 1971, je passe trois mois  avec les Berbères du Sahara.  Premières expositions  à Lyon sponsorisées par LUMIERE ILFORD et médaille au concours NIKON. Lorsque le Directeur me remet mon diplôme d’ingénieur, il me souhaite bonne chance … dans la photo et dans le cinéma. A Paris, j’ai la chance d’être engagé pour filmer  sur les chantiers d’énormes monstres rouges qui obéissent au doigt et à l’œil dans des décors d’apocalypse. J’apprends sur le tas le métier de cinéaste publicitaire. Mes monstres plaisent car dès mon premier film, je remporte le Grand Prix au Festival de Biarritz, suivi par une trentaine d’autres dans les Festivals Nationaux et Internationaux.

 

Créer des images fantastiques pour les grandes compagnies, voilà ce qui m’occupe désormais. En 1982, j’imagine pour RENAULT les premières images de synthèse 3D en Europe. J’emmène les spectateurs dans les secrets des cerveaux électroniques  des voitures du futur, 20 ans avant leur existence. Pour l’OREAL, DIOR ou CHANEL, je voyage dans l’intimité de la peau et des cheveux pour faire découvrir les nouveaux secrets de la beauté.

 

Mais rien ne m’inspire plus que les forces de la nature. Dans mes films publicitaires suivants, la recherche de la beauté passe par l’affrontement de l’air et de la terre, de l’eau et du feu. Dans les lumières dantesques des contrées sauvages de l’Ouest américain, de l’Ecosse ou de l’Islande, des mannequins et des automobiles stars affrontent les tempêtes, les cascades, les volcans ou les glaciers.

 

250 films plus tard et des milliers de décors explorés autour de la planète, il était fatal que je revienne à la photographie. Une image simple et forte créée dans la solitude de l’instant et l’intimité de la matière.

 

Ce coup de foudre a lieu là où je m’étais perdu avec ma sœur 50 ans auparavant. Au détour d’un sentier, un monstre borgne de grès rose émerge du chaos des roches et des sapins. L’image me renvoie à mes terreurs du passé. Ces rochers fantomatiques, ces arbres torturés n’étaient pas seulement le produit de mon imagination d’enfant, mais des monstres bien réels sculptés par la nature.

 

Je trouve d’emblée un titre “ L’ŒIL DU MONSTRE ”. Mon œil ne va plus cesser de chasser ces esprits de la nature et de les capturer comme des œuvres d’Art.

 

 

Quelles sont vos principales influences artistiques ?

Les Arts Premiers et les masques d’Afrique Noire m’ont profondément marqué. Devenu cinéaste, je filme au Gabon en pleine forêt équatoriale des fétiches terrifiants plantés de clous, et  les sculptures et les masques sublimes que portent les danseurs. Les monstres ont une fonction si puissante dans les tribus ! Je retrouve les mêmes émotions visuelles dans les tourbillons de couleurs d’un Van Gogh, les nuées célestes de Gustave Doré ou les contrastes des films expressionnistes allemands. Mais dans mes rêves, Giacometti et ses êtres filiformes  se disputent avec les portraits monstres de Francis Bacon.

 

Comment décririez-vous votre technique ?

Dans la théorie du chaos, la nature est fractale, énonçait en 1970 le grand mathématicien Benoît Mandelbrot. Un chaos ordonné qui se reproduit à toute échelle de l’organisation des atomes à la structure des galaxies. J’y retrouve mes monstres, ces figures anthropomorphiques sublimés par la lumière. De la macrophotographie aux vues aériennes, elles se révèlent sans que l’on en discerne les dimensions réelles. Ne surgissent sur le capteur que des couleurs, des ombres ou des lumières qui rejoignent dans mon bestiaire les expressions proches de certaines peintures contemporaines. Dans ce travail, le cadrage serré et une grande profondeur de champ sont mes principaux atouts pour créer une illusion et oublier les dimensions. En se concentrant uniquement sur un sujet dépouillé de sa géographie, la photo parle différemment à l’inconscient de chacun.

 

Quel est votre sujet favori ?

La nature est mon refuge, mon amie et mon terrain de chasse dès que je peux m’échapper des documentaires et fictions télévision que je continue à réaliser. J’arpente les montagnes, les forêts, les rivières, les plages, je scrute les arbres et les plantes, je traque les glaces des ruisseaux et des étangs, j’observe les formes étranges que le temps, les vents et les eaux sculptent dans la nature.

 

Quelle est l’œuvre qui vous incarne de plus ? Celle dont vous êtes le plus fier ?

Sur une colline qui domine le Rhône face à la cité romaine de Vienne, l’œil cyclope d’un arbre multi-centenaire m’a un jour hypnotisé. J’ai vu défiler dans mon viseur quinze générations  d’enfants, d’hommes de femmes  et de soldats, des bonheurs et des drames, ceux que cet arbre tout ridé avait vu passer et accueilli sous ses feuillages. Aujourd’hui cet arbre a été abattu mais son œil continue à vivre et d’accueillir avec bienveillance les visiteurs à l’entrée de mes expositions

 

Les 5 choses dont vous ne pourriez pas vous passer ?

La nature comme une source inépuisable de rencontres d’esprits cachés.

Mes enfants car ils incarnent à la fois l’avenir, l’amour et l’indépendance et vous ramènent sans cesse à la réalité.

Mon piano car le répertoire est aussi vaste, divers et jouissif que la nature.

Un appareil photo fidèle comme un ami pour délimiter le cadre  et créer ma profondeur de champ.

Un laboratoire de tirage qui va au-delà de mes désirs sans jamais me trahir. Je crois que je l’ai trouvé.

 

Qu’auriez aimé être si vous n’aviez pas été un artiste ?

Menuisier-ébéniste, mais c’est déjà un travail d’artiste. Mon grand-père centenaire m’avait appris à travailler le bois mais aussi à gouter le vin …finalement, je suis devenu ingénieur pour rassurer mon père.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos futurs projets ?

Tirer le portrait des monstres de la nature dans le monde entier, en toutes saisons et à toute échelle peut me prendre encore un certain temps… Et je fonde de grands espoirs sur ma collaboration avec les scientifiques pour aller à la rencontre de beaux monstres dans l’infiniment petit et l’infiniment grand.

Outre mes projets d’expositions à l’international, je prépare pour le public une mise en scène de mes photographies dans des lieux sacrés. J’aimerais que mes monstres se confrontent à l’enfer et au paradis. Un chanteur kabyle extraordinaire KHALID’K improvisera en direct sur les images.

Un livre d’art  grand format en tirage limité “L’ŒIL DU MONSTRE + IRON MONSTER” est en cours d’édition. La poétesse Marion GINESTE accompagne chaque photo d’un Haïku.

 

Comment vous projetez-vous dans le futur ?

J’aime cette idée de conjuguer mes expériences de photographe, de cinéaste et de musicien pour créer avec d’autres artistes des nouvelles formes de spectacles dans l’univers de l’Art Contemporain.

 

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